-04 nov. 08- Dans une tribune adressée en octobre 2008 à plusieurs grands quotidiens nationaux, Gérard Raymond, Président de l'AFD, et le Professeur Patrick Vexiau, Secrétaire général de l'AFD, s'expriment sur les enjeux de notre système de santé. Alors que le gouvernement a présenté un énième plan de redressement de l'assurance maladie, les auteurs défendent la position de l'AFD.
Le quotidien national "Les échos" a choisi de publier cette tribune dans son édition du 28 octobre 2008. Si vous avez manqué cet article ou si vous souhaitez le relire, nous le publions ici dans son intégralité :
Oui, la santé coûte cher. Et tant mieux !
Par Gérard Raymond, président de l’AFD et le Pr Patrick Vexiau, secrétaire général de l’AFD et chef du service de diabétologie de l’hôpital Saint-Louis à Paris.
Le 29 juillet dernier, Eric Woerth, ministre du budget et Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, présentaient un plan de redressement de l’assurance maladie. Si nos comptes sont exacts, celui-ci était le 24e en 27 ans.
On pourrait sourire devant une telle intempérance, si celle-ci était parvenue à résoudre le problème du financement de l'assurance maladie. Or, il n'en est rien. Tandis que l'essentiel de la dette demeure, transmise aux générations futures par l'intermédiaire de la Caisse d'amortissement de la dette sociale, le « trou » de la Sécurité sociale devrait tourner autour de 11 milliards d'euros cette année, dont 4 milliards pour l’assurance maladie.
Grave, cette situation l'est en tout premier lieu pour ceux qui ont besoin de soins. Années après années, plans après plans, euros après euros... à coups de ticket modérateur, de forfaits, de franchises, de déremboursement de certains médicaments... les patients sont contraints de mettre toujours davantage la main à la poche, pour être toujours moins bien remboursés.
De fait, ce sont essentiellement les malades qui, jusqu'à présent, ont supporté les vains efforts de maîtrise des dépenses de santé. La logique est bien connue. Si les comptes de l’assurance maladie sont dans le rouge, c'est à cause des malades. Ce sont eux qui consomment trop de médicaments, de consultations médicales, de séjours hospitaliers... Forçons-les à limiter leur demande et le déficit disparaîtra. Les « coupables » doivent payer.
Ainsi, la question n'est plus de soigner du mieux possible les Français, mais qu’ils coûtent le moins possible à la collectivité. Dangereuse, injuste, stigmatisante, cette politique est également totalement inopérante.
Oui, la santé coûte cher. On ne cesse de vouloir nous le faire déplorer, alors qu'il faudrait s'en réjouir : nous sommes mieux soignés qu'auparavant ! Nous vivons et demeurons productifs plus longtemps que jamais ! Alors, certes, la santé coûte des milliards, mais les bénéfices qu'en tirent chacun d'entre nous et la société toute entière vont bien au-delà de la seule question financière.
Non seulement la santé coûte cher mais, elle va coûter de plus en plus cher en raison de l'augmentation de la population et de l'espérance de vie, des techniques médicales de plus en plus perfectionnées...
Organiser un large débat national sur le financement de l'assurance-maladie.
Face à cette inéluctable réalité, il faut maintenant choisir. Soit la politique actuelle qui consiste à faire supporter l'augmentation des dépenses de santé aux malades eux-mêmes. Et on le dit. Et on l'assume, au lieu de continuer à débiter la protection sociale en fines tranches, au fil d'une « politique du salami »1, jusqu’à ce qu’un jour il n’y ait plus de salami. Soit, on décide de maintenir l'intégrité de notre système de protection sociale. Et on le dit. Et on assume l'augmentation prévisible de son coût.
Responsables de la plus importante association de patients de France, nous sommes profondément attachés à la pérennisation de notre système de santé basé sur la solidarité et le partage. Nous pensons bien sûr qu'il convient de maîtriser les dépenses de santé, mais en suivant d'autres pistes, notamment celle de la réorganisation des soins. En même temps, sachant que le déficit de l’assurance maladie est structurel et qu'aucune mesure d'économie n'y changera rien, nous estimons qu'il appartient à la collectivité d'en assurer le financement. Ainsi, nous sommes prêts à payer davantage pour notre santé. Mais en tant que citoyens, pas en tant que malades. Nous sommes des personnes responsables, pas des individus coupables.
Ce choix de financement est un véritable choix de société. Il mérite un large débat national. Or, au bout de 24 plans successifs, celui-ci n'a toujours pas eu lieu. Ce débat est pourtant d'autant plus indispensable qu'au-delà du « simple » financement, c'est l'ensemble de notre système de santé qui demande réflexions, discussions et réformes.
Représentant 3 millions de diabétiques, nous appelons à passer d'une logique de politique de soins à une logique de politique de santé fondée notamment sur la prévention. Concernant le diabète, il est nécessaire de repenser sa prise en charge globale. Il faut que celle-ci soit précoce et pluridisciplinaire, qu'elle inclut l'éducation et l'accompagnement personnalisé des patients, qu'elle s'appuie sur l'établissement d'une véritable politique de prévention des complications et de coordination médicale.
Avec plus d'une trentaine d'associations d’usagers du système de santé regroupées au sein du Collectif Interassociatif Sur la Santé (Ciss) nous réclamons, dans un livre blanc que nous venons de publier, de « changer de logiciel » afin de refonder notre pacte social de santé. Nous sommes forces de propositions, que ce soit pour financer notre santé et la maintenir accessible, ou pour mieux l'organiser, garantir la qualité des soins, poursuivre la démocratie sanitaire, conforter les droits individuels des patients…Parlons-en, discutons-en collectivement, publiquement. L'avenir de la santé, notre avenir, est en jeu.
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1. Selon la formule de M. Didier Tabuteau, directeur de la chaire santé de Sciences Po.